Ils font bloc derrière le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de l'archidiocèse de Kinshasa. Les prêtres membres du presbyterium de l’archidiocèse de Lubumbashi ont exprimé, ce vendredi 3 mai à l’issue d’une assemblée générale, leur soutien au père de l’Eglise de Kinshasa sollicité par la justice congolaise à travers une demande d’ouverture d’une information judiciaire émanant du Procureur général près la Cour de cassation. D’un ton ferme, ils condamnent “intimidations, le lynchage médiatique, les propos discourtois et l’acharnement judiciaire du pouvoir en place” contre leur pasteur. Encourageant le cardinal Ambongo à demeurer dans sa mission prophétique, les prêtres catholiques de l’archidiocèse de Lubumbashi ont en même temps invité le régime de Tshisekedi à cesser avec les pratiques ci-haut citées de peur qu’ils prennent leurs responsabilités en mains.
Le Tremplin vous laisser découvrir l’entièreté de ce message adressé aux fidèles catholiques et aux personnes de bonne volonté.
“On n'enchaîne pas la Parole de Dieu » (2 Tim 2, 9). 1. Nous, membres du Presbyterium de l'Archidiocèse de Lubumbashi, suivons avec indignation les intimidations, le lynchage médiatique, les propos discourtois et le harcèlement judiciaire du Pouvoir en place contre Son Eminence Fridolin Cardinal AMBONGO, Archevêque métropolitain de Kinshasa, Président du Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) et Collaborateur privilégié de Sa Sainteté le Pape François, Réunis en assemblée extraordinaire, nous désapprouvons et condamnons cet acharnement affligeant, culminant dans la demande choquante d'ouverture d'une information judiciaire à charge de ce haut dignitaire de l'Eglise Famille de Dieu qui est en République Démocratique du Congo et en Afrique. Nous lui exprimons, à travers ce message, notre soutien total et notre solidarité indéfectible. Aussi l'encourageons-nous à continuer de proclamer la Parole de Dieu, intervenir à temps et à contre-temps, dénoncer le mal, faire des reproches, encourager avec patience et souci d'instruire (Cfr 2 Tim 4, 2), bref à assumer, à la suite du Christ, ses fonctions de Pasteur et de Prophète.
2. Notre Cardinal est un ouvrier qui n'a pas à regretter ce qu'il a fait et qui trace tout droit le chemin de la parole de vérité » (2 Tim 2, 15). S'acharner contre lui, chercher à l'humilier et vouloir le traîner en justice est non seulement une violation flagrante de la liberté religieuse, mais aussi une entrave délibérée à la liberté d'expression, garantie par la Constitution de la République (Cfr Art.11). Nous n'avons pas peur de la justice, la vraie. Nul n'ignore la tactique, õ combien cynique dans notre pays, de monter grossièrement des dossiers judiciaires vides contre les témoins jugés gênants pour finir par les traîner devant une justice qu'on sait "malade" et instrumentalisée. Mettre l'Archevêque métropolitain de Kinshasa dans le viseur d'une telle justice en panne heurte et révolte notre conscience et celle de nos fidèles. C'est, après tout, synonyme d'enchaîner la Parole de Dieu (Cfr 2Tim 2, 9). Au nom de notre foi en Jésus, Chemin, Vérité et Vie (Cfr Jn 14, 6), et en vertu de notre ministère pastoral au service de notre peuple, nous ne l'acceptons pas. Si ce harcèlement judiciaire, digne d'une dictature, persiste, il n'est pas exclu qu'en synodalité avec l'Eglise sœur de Kinshasa, soyons amenés jusqu'à prendre nos responsabilités.
Néanmoins, en tant que prêtres, hommes épis 3. de justice et de paix, à ce stade nous tenons à rappeler aux autorités de notre pays et à toute personne de bonne volonté que le Christ, tête dont l'Eglise est corps (Cfr Col. 1, 18), est lumière des nations (Cfr Lc 2, 32). Refuser ce que révèle aujourd'hui cette lumière sur l'état déplorable de notre pays, gangrené et paralysé par d'innombrables antivaleurs, c'est manquer le courage de voir la réalité en face. Nous ne le dirons jamais assez, notre pays est dans une crise multisectorielle qui ne dit pas son nom! Face à une telle crise indéniable, la quête de boucs émissaires n'est pas la meilleure solution. Aussi, en ce moment où notre pays a tant besoin de cohésion nationale et d'unité pour faire face à ce qui menace son existence même, « poursuivons donc les choses qui favorisent la paix et les choses qui édifient les uns les autres » (Rm 14, 19). Quant à nous, nous affirmons que nous n'avons d'autre Nation que la République Démocratique du Congo et nous continuons à prier et à intercéder pour elle”.
Rappelons que de son côté la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) y est allée avec plus de diplomatie en soulignant le 30 avril dernier qu’elle suivait avec attention cette situation et qu’elle appelait les uns et les autres au calme, “car le dossier est traité de manière responsable avec les autorités compétentes, dans le respect des textes légaux du Pays, y compris l'Accord- cadre entre la RD Congo et le Saint-Siège, lequel garantit un régime de collaboration loyale et sincère, entre l'Eglise catholique et l'État, au service du Peuple congolais”.
Dans une interview accordée au journal Le Figaro, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a également réagi sur cette question qui fait référence à la liberté d'expression. Le chef de l'État a, comme la justice de son pays, chargé le prélat catholique.
“Il [Ndlr, le Cardinal Ambongo] s’est récemment fait le propagandiste du Rwanda en disant que la RDC armait les miliciens hutus des FDLR. Mais qu’il le démontre. La liberté d’expression ne doit pas servir à affirmer des mensonges, même quand vous êtes cardinal. Je soulignerai que c’est la justice qui œuvre à chaque fois. La séparation des pouvoirs est respectée…Si vous êtes journaliste et que vous tenez des propos mensongers et diffamants, comme ce fut le cas d’un journaliste après la mort d’un ministre, vous vous exposez à des poursuites judiciaires. Un journaliste n’est pas au-dessus des lois. Pareil pour le cardinal Fridolin Ambongo, l’archevêque de Kinshasa”, a-t-il soutenu.
Charles Masudi